En sillonnant la périphérie de Casablanca, précisément les lieux des sites où sont construits des ensembles immobiliers dits économiques, on s’aperçoit qu’ils ont été construits au détriment de la ‘’beauté urbaine” et du confort des habitants. Ils sont pauvres en équipements et en architecture.
Certains habitants qui y résident ne cachent pas leurs insatisfactions. Ils évoquent les raisons suivantes: taille inadaptée du logement, problème de voisinage, manque de confort et d’espaces verts, éloignement des services publics… Pourquoi sommes-nous arrivés là ? A qui incombe la faute?
Pour bon nombre d’architectes, le principal mis en cause est l’Etat qui n’a pas su faire respecter les normes de l’urbanisme et les promoteurs immobiliers qui cherchent le profit à tout prix. «Le travail avec le système de dérogation pendant de longues années nous a conduits à la situation actuelle avec une densité largement supérieure aux normes en vigueur. Aujourd’hui, on est à 230 ou 250 logements par hectare, alors que la norme en prévoit seulement entre 130 et 150», précise un promoteur immobilier. En responsabilisant l’Etat, certains architectes admettent, tout de même, une certaine responsabilité de l’architecte qui réalise les plans. « La responsabilité de l’architecte est également engagée, même s’il subit souvent la pression du maître d’ouvrage. Il doit concevoir, à partir d’un programme donné, une Å“uvre esthétique qui obéit à des nécessités fonctionnelles, qui respecte des normes réglementaires et se conforme à des contraintes budgétaires et techniques.
Il doit ‘’marier” dans la conception de son Å“uvre son savoir de traduire ou de projeter dans l’espace un programme déterminé avec sa connaissance de la culture ou des cultures», lâche, son détour, un architecte.
Vingt ans après le lancement des opérations de production en grand nombre de logements économiques, Casablanca se retrouve avec des ensembles immobiliers pauvres en architecture et qui ne permettent pas au citoyen d’avoir ‘’un dialogue” avec le lieu qu’il habite, sans parler de la mauvaise qualité du produit «murs mal enduits, mauvaise application de la peinture, de la qualité de la menuiserie et celle de la plomberie…».
En dépit de tous ces problèmes, les architectes évitent de parler d’anarchie architecturale, mais parle plutôt de pratiques anarchiques malgré l’existence d’une législation en vigueur au Maroc. «Le service de la Conservation foncière doit normalement refuser de délivrer les titres fonciers s’il s’aperçoit que le “bâti” n’est pas conforme au plan initial».
Contactée à ce sujet, une source à l’Agence urbaine assure qu’elle est revenue aux normes de l’urbanisme recommandant entre 130 et 150 logements par hectare.
Concernant le système de dérogation, cette même source assure qu’elle a mis fin à cette pratique qui a prévalu pendant une époque. En revanche, les promoteurs rejettent toute responsabilité de ces derniers. Pour eux, cette densité est imputable à plusieurs facteurs, les plus importants sont d’ordres économique et foncier.
«La réalité économique et sociale du pays, conjuguée au prix du mètre carré, impose cette densité qui n’est, en aucun cas, un choix», affirme sous couvert de l’anonymat un promoteur.
Et d’ajouter qu’on ne peut pas demander aux promoteurs immobiliers de vendre à 200.000 DH et en même temps leur imposer de construire uniquement 130 logements par hectare. Les promoteurs rejettent toute idée qui assimile ces grands ensembles immobiliers à des bidonvilles verticaux. «Cette idée est invraisemblable. Si vous rendez visite aux carrières Thomas où à n’importe quel autre bidonville, vous verrez que plusieurs familles vivent dans 25 m2 sans aucune intimité, ni assainissement, ni eau potable… Or, dans un logement économique, les familles disposent de tout cela».
Pour ne plus reproduire ces grands ensembles affreux, il faut assurer une croissance économique et un équilibre social.
200.000 logements…
L’année 1994 restera à jamais une année bénie pour les promoteurs immobiliers.
Cette année-là , Feu Hassan II avait lancé le programme des 200.000 logements avec diverses mesures incitatives (financières, fiscales et réglementaires) visant à accélérer le rythme de la production des logements. Ce n’est qu’en 2003 que le rythme de cette production est plus important que celui de l’accroissement des ménages, notamment grâce aux efforts du ministre de l’Habitat, Taoufiq Hejira. Ce dernier a annoncé en novembre dernier le ‘’programme de logements à 140.000 DH l’unité”. Ce type de logements consistera en appartements d’une superficie habitable de 50 m2 dans des immeubles R+3.
Par Abderrahman Ichi / LE MATIN
















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