fév 08
19
11:45
immobilier maroc mimag.info | immobilier maroc Catégorie: btp, coopération, immobilier, économie

Entretien avec Saïd Sekkat, secrétaire général de la fédération de l’immobilier (FNPI).

- L’Economiste: Comment s’annonce l’année 2008 pour la profession? La dynamique qui a marqué le secteur jusque-là se poursuivra-t-elle encore?
- Saïd Sekkat: Depuis la création de l’ALPIM et celle de la FNPI, les associations ou fédérations de promoteurs immobiliers qui se sont succédé ont toujours eu en commun le souci d’apporter de la visibilité à leur profession. C’est bien connu, l’investisseur a horreur de l’incertitude et dans un Maroc qui va de plus en plus vite, il est aujourd’hui difficile d’appréhender les mutations du marché de l’immobilier. Si 2007 s’est avérée une année faste pour le secteur et que les besoins en habitat restent considérables pour les années à venir, quelques nuages perturbent l’horizon de 2008 à travers l’évolution des fameux 3 «F», foncier, financier et fiscalité.
La pénurie du foncier dans l’ensemble des grandes villes constitue le principal souci des promoteurs. Sur le plan financier, les taux bancaires, qui ont jusqu’ici soutenu la demande, augmentent et risquent de provoquer des difficultés de commercialisation. Idem pour la fiscalité en raison de l’augmentation de la TVA à 20% ou de la remise en cause des incitations fiscales pour le logement social.

- Quelles sont les attentes des professionnels du secteur pour 2008?
- Le maintien de Taoufiq Hjira à la tête du ministère de l’Habitat avec des compétences élargies constitue sans nul doute un élément de stabilité. En nous rendant visite, fin novembre, dans le nouveau siège de la FNPI, le ministre a affirmé sa volonté de travailler en partenariat avec le secteur privé autour d’un contrat-programme sur 5 ans avec des objectifs annuels. L’idée est de concrétiser enfin une vision commune, dans l’intérêt du secteur de l’immobilier et des citoyens. Ce contrat-programme détaille l’ensemble des mesures à prendre contre les dysfonctionnements qui pourraient enrayer la dynamique du secteur et donner enfin une visibilité aux promoteurs. Il devrait être prêt début février.

- Pensez-vous que la flambée des prix de l’immobilier va se poursuivre?
- La flambée des prix dans une ville comme Casablanca semble irrationnelle. Il faut néanmoins faire attention, car ce phénomène commence à s’étendre aux autres grandes villes. Il y a bien sûr des facteurs intrinsèques à commencer par le foncier qui est devenu rare, donc cher. Il y a également la politique urbaine: à Casablanca, nous attendons depuis 5 ans le renouvellement des plans d’aménagement (le schéma directeur est attendu pour le 1er trimestre). De plus, les autorisations depuis 2003 sont données au compte-gouttes. En témoigne leur nombre qui est passé de 46.500 logements autorisés en 2003 à 17.900 en 2006.
Les coûts de construction ont également augmenté considérablement. Tout cela aboutit à une crise du logement, classique dans la mesure où l’offre est inférieure à la demande. Mais l’intensité de cette crise, durement ressentie par les Casablancais, est aussi due en grande partie au manque d’informations sur le marché qui n’est plus structuré que par les rumeurs, les discussions de café ou les allégations des semsars.

- Des solutions sont-elles envisageables, à moyen et court termes, pour maîtriser cette tendance ou du moins l’atténuer?
- Sur ce dernier point, il apparaît aujourd’hui plus que jamais nécessaire d’obtenir des informations fiables, récurrentes et accessibles sur la réalité des transactions: le nombre, la valeur, les modes d’acquisition… Ceci permettrait de donner une réalité concrète à l’évolution des prix et permettrait à terme de mieux anticiper les besoins des populations. Ces chiffres existent d’ailleurs à la Conservation foncière ou à l’Enregistrement, reste à effectuer le traitement régulier de ces données et leurs diffusions. Il est également impératif d’accélérer la mise en Å“uvre de nouvelles règles et politiques locales d’urbanisme pour accompagner les rapides mutations de nos villes.
- Dans quelle mesure le privé compte-t-il contribuer au programme des logements à 140.000 DH?
- Il est encore trop tôt pour le dire. Mais nous attendons pour fin janvier les propositions du ministère de l’Habitat, surtout concernant l’offre en foncier public qui est la pierre angulaire du projet. La fédération compte, bien entendu, appuyer les efforts des pouvoirs publics sur ce projet ambitieux, car il ne s’agit ni plus ni moins que de concurrencer l’offre des bidonvilles! Certains promoteurs, outre l’aspect citoyen, y voient également une opportunité et ils s’y préparent donc activement.

Propos recueillis par
Khadija EL HASSANI

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