Comment s’explique la violente montée au créneau du fondateur de Ynna holding, Miloud Chaabi qui dénonce la cession de terrains par l’Etat aux promoteurs privés et publics de l’immobilier, sans appel d’offres ? Pleins feux sur une affaire qui fait débat depuis près d’un mois.
L’affaire a commencé, banalement, par un article de presse dans le quotidien à fort tirage « Al Massae », très apprécié par le Groupe Chaabi et son Président, Miloud Chaabi. Dans ce journal en langue arabe, paraissait d’abord, en première page, un article dénonçant la récente cession par l’Etat au groupe Addoha d’un terrain à Marrakech. L’article faisait état de critiques très vives de Miloud Chaabi concernant, en particulier, le prix auquel ce terrain a été cédé et qui aurait donné lieu, selon son réquisitoire, à un manque à gagner de plusieurs milliards de Dirhams pour l’Etat. Les groupes Chaabi et Addoha comptent parmi les plus grands promoteurs immobiliers du Maroc. Il semblait donc normal qu’il y ait entre les deux concurrents une surveillance accrue et il semblait même normal que, l’un des deux s’estimant défavorisé, ait une réaction vive. Que Miloud Chaabi exprime sa colère dans la presse était donc dans l’ordre des choses… Mais ce qui a réellement créé la surprise, c’est la suite. Après cet article, il y en a eu un autre le lendemain, puis le surlendemain et la campagne ne faisait que commencer. Car, parallèlement, Miloud Chaabi qui est aussi député, menait une autre offensive au Parlement pour la mise sur pieds d’une commission d’enquête parlementaire. Et le ton ne cessait de monter…
Chaabi, Don Quichotte du secteur immobilier ?
Le fondateur du groupe Chaabi et Président de Ynna Holding n’a en effet pas mâché ses mots. Et si, au départ, Addoha semblait être la principale cible de ses attaques, très vite, la CDG et Al Omrane fûrent également pointées du doigt. Chaabi accusait l’administration de les favoriser tous les trois. Mais son « argument-massue » n’est pas qu’Addoha, la CDG et Al Omrane soient favorisés, c’est que les faveurs qui leur sont faites se traduisent par des milliards de Dirhams que perd l’Etat. Un argument imparable pour mobiliser les élus de la nation (par définition, défenseurs des deniers publics). Il leur est demandé deux choses : qu’ils mettent sur pieds une commission d’enquête parlementaire pour voir dans quelles conditions sont attribués les terrains de l’Etat et qu’ils pensent à un texte qui oblige l’Etat à passer obligatoirement par des appel d’offres lorsqu’il y a cession de ces terrains. Quelles ont été les réactions à ce coup de colère de Miloud Chaabi ?
Couac à la Fédération
Le secteur a une Fédération : la Fédération nationale des promoteurs immobiliers. Et, lorsque les critiques de Miloud Chaabi ont fusé, il en était président. Aussi, ses attaques violentes contre l’Etat n’ont pas été du goût de tous les membres qui craignaient que les positions du Président ne soient perçues comme celles de la Fédération elle-même. Alors qu’aucun débat sur le sujet n’avait eu lieu au sein de la Fédération. Un conseil a donc été convoqué et les échanges ont été houleux. Certains des membres de la Fédération ont pris le contre-pied des positions de Miloud Chaabi (voir explications dans les entretiens suivants). Sachant que la Fédération n’était pas unanimement rangée derrière lui, Miloud Chaabi a présenté sa démission dès l’ouverture du Conseil. Depuis vendredi 11 juillet, donc, c’est le vice-Président Youssef Ibenmansour qui est le nouveau Président.
Sévères critiques contre Miloud Chaabi
Pris de court par les violentes attaques du patron d’Ynna holding, les professionnels aussi bien que les ministres critiqués sont d’abord restés figés. Puis, peu à peu, la contre-attaque s’est mise en branle. Les professionnels ont commencé à exprimer leur opinion qui est loin d’être un franc soutien à Miloud Chaabi. De leur côté, certains membres du gouvernement ayant lu dans la presse que Miloud Chaabi menaçait de « dévoiler leurs combines », ont décidé -selon des sources proches du dossier- que l’Etat « ne cèderait pas au chantage de Chaabi » et que « si Chaabi avait des combines à dévoiler qu’il le fasse ». Quant aux langues acérées, elles se sont largement déliées, accusant Chaabi de dépit et de vouloir faire pression sur l’Etat pour régler certains de ses problèmes… Parmi les déboires qui sont présentés comme la cause de ce dépit, deux sont le plus souvent cités. L’affaire du terrain acquis auprès d’Altadis et dont le groupe Chaabi ne peut utiliser la partie réservée à l’espace vert. Et celle du terrain de Tanger, également acquis par le groupe Chaabi mais qui est frappé d’une saisie au profit du fisc (et pour lequel le conservateur de Tanger a été incarcéré pour en avoir quand même inscrit la cession)…
Que dit le Groupe Addoha ?
Le groupe Addoha que dirige Anas Sefrioui a réagi en ne réagissant pas. A la parution du premier article de presse, le management a envoyé un droit de réponse, mais voyant que ni ce droit de réponse n’avait été pris en compte, ni Miloud Chaabi n’arrêtait ses attaques, Addoha a décidé de ne plus rien faire. « Nous nous refusons d’entrer en conflit avec M. Chaabi », nous a laconiquement déclaré un responsable de ce groupe, ajoutant : « nous sommes sereins ».
Il faut dire qu’Addoha peut se permettre d’être serein. Tout ce que le groupe entreprend en ce moment lui réussit. Un partenariat avec Fadesa, un accord avec le groupe bancaire français Caisse d’épargne, un partenariat avec la CDG, un chiffre d’affaires qui de 1,5 milliard de DH en 2006 est passé à 3 milliards en 2007… Jusqu’à son action en Bourse qui caracole à 4.600 DH aujourd’hui, contre les 580 DH de la 1ère cotation.
Et au Parlement ?
Restent les élus, sollicités par Miloud Chaabi pour mettre sur pieds une commission d’enquête parlementaire. Les lobbyings, de part et d’autre, ont fonctionné. Résultat des courses ? Seul le parti islamiste PJD est en faveur de cette idée. Les autres partis, soit considèrent qu’il n’y a pas de « violations » qui justifie cette commission, soit exigent que cette commission pose le problème de tous les marchés de l’Etat, y compris ceux ayant bénéficié à Chaabi (déclaration de Ameskane) et non pas seulement les marchés concernés par cette affaire. Ce qui fait dire à certains que cette commission ne verra probablement pas le jour
Bahiam Amrani
Entretien avec Saïd Sekkat, Secrétaire général de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers (FNPI)
« Nous proposons la création d’une commission de partenariat public-privé »
Pouvez-vous revenir sur les conditions dans lesquelles est intervenu le récent changement au niveau de la présidence de la Fédération ?
Il y a déjà 18 mois, le Président de la Fédération, M. Chaabi, avait pris position concernant les conditions d’attribution du foncier public. Il y avait aussi à l’époque une attaque contre Addoha qui était membre du Conseil. Déjà , à ce moment-là , nous avions convoqué un Conseil d’administration spécial pour traiter de cette question parce qu’elle n’avait pas été préalablement discutée au sein de la Fédération. A l’époque, nous avions décidé d’enterrer toutes nos divergences et nous étions sortis avec un communiqué un peu sibyllin appelant à ce qu’il n’y ait plus d’avantages particuliers qui soient accordés aux investisseurs étrangers. Nous avions demandé que les mêmes possibilités soient données aux investisseurs nationaux. Plus tard, il y a environ un mois, M. Chaabi a réitéré ses attaques contre les conditions qu’il juge trop en faveur de l’entreprise Addoha, toujours en ce qui concerne l’octroi du foncier public. Nous pensions que cette nouvelle sortie ferait l’objet d’un article ou deux. Mais il s’est avéré que c’était beaucoup plus que cela. Nous avons alors convoqué une nouvelle réunion du Conseil. M. Chaabi a déposé sa démission au début de cette réunion qui a eu lieu un lundi (7 juillet). Mais la démission n’est devenue effective que le vendredi suivant (11 juillet), avec la convocation d’une nouvelle réunion du Conseil pour entériner cette démission. Auparavant, comme le Conseil s’est réuni malgré tout le lundi, il a tenu à ce qu’un communiqué soit publié, dans lequel la Fédération prend ses distances par rapport aux déclarations de M. Chaabi à la presse. Le communiqué a bien précisé que M. Chaabi ne s’exprimait pas en sa qualité de Président, mais en tant que citoyen et parlementaire.
Quel est le climat actuellement au sein de la Fédération après ces remous soulevés par le départ de Miloud Chaà bi ?
Aussi surprenant que cela puisse paraître, il est très bon. Ce n’est pas qu’on s’en réjouisse. M. Chaabi a apporté quand même une unité à la Fédération. Celle-ci avait beaucoup de problèmes parce qu’il y avait différents clans dans le passé… Notre Fédération a pu se restructurer même si elle est toute jeune (elle a deux ans et demi). Le fait que la Fédération ait été bien structurée, qu’elle fonctionne bien, a fait que le Conseil a véritablement réagi comme un seul bloc. Donc, il n’y avait pas de déchirement. Nous avons pris acte de la démission de M. Chaabi qui nous a expliqué qu’il a demandé la constitution d’une commission d’enquête et qu’il ne peut pas à la fois siéger dans cette commission en tant que partie prenante et être président de la Fédération. Pour ne pas être juge et partie, il a donc décidé de démissionner. C’était là la raison officielle et nous l’avons prise comme telle. Nous avons respecté la décision de M. Chaabi. M. Ibenmansour qui le remplace est un membre des plus actifs de la Fédération. Il connaît bien les dossiers en cours et animait souvent les réunions du Conseil même quand M. Chaabi était là . Donc, la transition se fait en douceur et dans la continuité. Il n’y a pas de rupture.
La Fédération a-t-elle eu un dialogue ou un échange à ce sujet avec l’Etat ?
Nous avons régulièrement des échanges, en tout cas avec le ministère de tutelle. Comme nous avons énormément de dossiers sur lesquels nous travaillons ensemble, nous avons des échanges réguliers. A part le département de tutelle, nous n’avons pas eu d’autres contacts sur ce sujet avec d’autres membres du gouvernement. Nous en avons discuté également avec le président de la CGEM qui a suivi ce dossier. Nous sommes une fédération membre de cette Confédération, il était donc normal qu’elle se tienne informée de l’évolution de ce dossier.
Quelle a été justement la position de la CGEM ?
La CGEM tenait à ce qu’on prenne position pour savoir à quoi elle devait s’attendre. Si nous supportions les points de vue de M. Chaabi, la Confédération allait en prendre acte. Mais si ce n’était pas le cas, il fallait qu’elle en prenne acte aussi. Tout ce que la CGEM voulait c’est qu’on prenne position pour savoir quelle était notre politique. C’est une question délicate parce que le gouvernement a enclenché d’énormes efforts pour promouvoir l’habitat au niveau national. Nous sommes arrivés à des chiffres que nous n’avions jamais connus au Maroc avec la production de 100 mille logements par an… Tout cela, est dû à un effort énorme de la part de l’Etat. Alors, est-ce qu’on est pour continuer à soutenir cet effort ou est-ce qu’on pense aujourd’hui que ce n’était pas la bonne manière de faire ? C’est là la question qui est posée aujourd’hui. Et donc nous avons dans le dernier communiqué de notre Fédération, suite à la dernière réunion du Conseil d’administration qui a confié la présidence à monsieur Ibenmansour, bien marqué notre attachement à consolider et pérenniser l’effort de l’Etat en matière de production de logements.
Dans le secteur de l’immobilier, les marchés de gré à gré ne sont pas une exception. Mais quelle est la position de la Fédération à ce sujet ?
D’abord on ne prend pas parti sur le différend entre Chaabi et Addoha. Ce n’est pas là la question. Pour ce qui est du gré à gré, il n’y a rien au niveau légal qui oblige l’Etat à passer un appel d’offres pour le foncier public. Ce qu’on peut dire c’est, quand il y a des investissements étrangers, est-ce qu’on se pose vraiment la question sur le foncier public en se demandant s’il y a appel d’offres ou pas ? Est-ce que vous pensez que pour Renault à qui le foncier a été donné gratuitement, il aurait fallu lancer un appel d’offres ? La question ne s’est même pas posée. Pourquoi on se pose alors la question pour le numéro 1 national qui est le groupe Addoha qui fait partie des champions nationaux que veut promouvoir l’Etat comme développeur de ce pays et pourquoi on ne se pose pas la question quand il s’agit d’un investisseur étranger ? Il y a donc quelque chose qui n’est pas logique. En règle générale, même dans les pays étrangers comme la France ou autres, quand il y a des « méga projets », on ne réagit pas par appel d’offres. On traite avec les grands groupes qui apportent des contreparties d’intérêt général en échange. Et ces choses-là n’apparaissent pas forcément dans la presse. On ne retient le plus souvent que le point relatif au prix du terrain, mais il y a très souvent des contreparties auxquels s’engage l’entreprise qui signe une convention. Il y a par exemple des engagements à construire des équipements collectifs, ou même parfois des clauses de restitution sur bénéfices… qu’on ne voit pas forcément. Ce sont des actes de partenariats win-win où l’Etat d’un côté promeut de grands investissements, et de l’autre il y a des champions nationaux qui se créent et on règle un problème social énorme qui est celui du logement et par ricochet celui de l’emploi…
Dans votre secteur, quels sont les avantages des marchés de gré à gré et ceux des appels d’offres ?
En fait, le gouvernement a trois moyens d’action. La dérogation, la défiscalisation et le foncier public. Ce sont là les trois outils que l’Etat a entre les mains pour promouvoir l’investissement dans le cadre du logement. Pour ce qui est de la défiscalisation, on est revenu un petit peu en arrière. Ce n’est pas là non plus une politique éternelle. Les choses évoluent. Concernant la dérogation, on y a encore recours parce qu’on a pris beaucoup de retard au niveau national sur les plans d’aménagement. Donc, on est obligé de fonctionner par dérogation. Et concernant le foncier, là aussi, dans tous les pays du monde, le foncier public est un outil de promotion, encore une fois, de l’investissement aussi bien dans l’industrie que dans l’habitat. Pour revenir à votre question, il y a déjà un inconvénient premier dans le fait de lancer un appel d’offres. C’est que si on veut promouvoir l’investissement, il faut que le foncier soit à un bon prix. Si vous lancez un appel d’offres, forcément ça renchérit les prix. Donc déjà , on passe à côté de l’objectif initial qui est celui d’offrir à l’investisseur un foncier à bas prix. C’est là pour moi l’argument numéro 1. Par ailleurs, l’inconvénient du gré à gré c’est qu’on peut y suspecter du favoritisme, mais l’octroi de quelconques avantages est aujourd’hui tellement contrôlé que cela réduit considérablement les risques.
Est-ce que les membres de la Fédération sont tenus de l’informer chaque fois qu’ils obtiennent où qu’ils présentent leur candidature pour l’obtention d’un marché avec l’Etat qui ne passe pas par un appel d’offres ?
Non pas du tout. Par ailleurs, une recommandation a été émise dans le dernier Conseil, proposant la création d’une commission de partenariat public-privé. Nous avons déjà abordé cette question après l’entrée d’Al Omrane dans le Conseil d’administration de la Fédération qui est déjà une bonne chose parce que cet opérateur apporte une plus value et un autre regard sur la promotion. Mais cette commission a été accueillie très favorablement justement dans le cadre de la communication. Parce que très souvent, les promoteurs passent à côté de l’information. … A travers la Fédération, on va offrir une information beaucoup plus régulière et beaucoup plus forte sur les opportunités du partenariat public-privé.
Que pense la Fédération de la perspective d’une commission d’enquête parlementaire ?
Cela nous dépasse totalement et nous ne sommes pas concernés. Si une commission a lieu, nous allons prendre acte de ses conclusions. S’il s’avérait qu’il y a des choses qui ne sont pas faites dans les règles, nous allons plaider pour que ces choses-là soient rectifiées dans le futur, mais toujours dans l’esprit de sauvegarder le dynamisme actuel de l’investissement qui est la base du décollage économique de notre pays.
Mafieux, a dit Mezouar ?
Les différends entre les groupes Addoha et Chaabi ne sont pas récents, mais entre concurrents, ils ne sont pas inhabituels. Chaabi suit à la trace les mouvements d’Addoha et régulièrement, il fait appel à « sa presse » pour dévoiler les « dessous » des affaires du groupe d’Anas Sefrioui. Cette fois, ce dernier aurait bénéficié de terrains à prix d’ami. Ce qui aurait généré un manque à gagner qui se chiffrerait à des milliards. Le ministre de l’Economie et des Finances a été clair à ce sujet. Salaheddine Mezouar qui recevait la presse lors d’une conférence organisée à Rabat, le vendredi 11 juillet, a affirmé que toutes les transactions qui ont été réalisées sont légales et font partie des prérogatives de l’Etat qui décide d’encourager les investissements. Des terrains sont toujours cédés à des entrepreneurs pour peu que ces derniers réalisent les projets convenus. L’Etat en a fait de même avec plusieurs groupes insiste S. Mezouar qui refuse d’entrer dans un débat qui ne concerne pas les institutions. Pour lui, intervenir dans ce genre d’affaires qui concernent deux personnes, cela mènerait à une situation qui serait plus proche du travail mafieux. Ses propos vont être plus tard mal interprétés par un quotidien qui dira que Mezouar qualifie l’un des belligérants de mafieux. Ce qui a suscité une violente réaction du milliardaire Chaabi, en « une » de son journal préféré… Le ministre n’a pourtant cité personne. Comme disent nos aïeux dans leur inégalable sagesse : « Frappe la selle, le cheval se réveille ».
Entretien avec Youssef Benmanssour, Président de L’Association des Lotisseurs et promoteurs Immobiliers de Casablanca (ALPIC)
« Les propos de Miloud Chaabi ne reflètent pas la position de la Fédération »
Dans le cadre d’une opération d’attribution du foncier, un appel d’offres n’est pas obligatoire, indique Youssef Benmanssour, Président de l’ALPIC. Ce dernier estime que les opérations foncières du groupe Addoha, contestées par Miloud Chaabi, s’inscrivent dans une opération d’investissement global que l’Etat a décidé d’engager. Entretien.
Que pensez-vous des propos tenus par Miloud Chaabi quant à l’attribution du foncier public ?
Les propos de Hadj Miloud Chaabi sont ceux de Miloud Chaabi en tant que parlementaire et non pas en tant que président de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers. Ce ne sont pas des propos qui reflètent la position de cette Fédération. D’ailleurs, c’est ce qui a été officiellement annoncé à travers un communiqué de cette organisation professionnelle.
Quel est votre point de vue personnel sur la polémique suscitée par Miloud Chaabi à propos de terrains qui auraient été cédés au groupe Addoha sans le recours à un appel d’offres ?
A vrai dire, je n’ai pas de point de vue à donner sur cette question. Car, je ne maîtrise pas le dossier. Je ne sais pas dans quelles conditions l’attribution a été faite. Je ne sais pas non plus quel a été le cahier des charges qui a été annoncé par l’Etat ni les critères sur lesquels on s’est basé. C’est pourquoi, je ne peux pas me prononcer. D’ailleurs, dans son communiqué, la Fédération a bien expliqué que du moment qu’elle n’est pas au courant de ces opérations et qu’elle n’a pas pris connaissance du dossier, elle ne peut pas se prononcer. Hadj Miloud Chaabi semblait être au courant d’un certain nombre d’éléments qu’il a exposés dans les journaux. Mais ce sont des propos qui lui sont propres.
Est-ce que dans une opération similaire à celle du groupe Addoha, un appel d’offres n’est pas obligatoire ?
Il faut savoir que dans le cadre d’une opération similaire, l’attribution du foncier ne fait pas l’objet d’un appel d’offres. Par contre, c’est là une action qui s’inscrit dans une opération d’investissement global que l’Etat décide d’engager. Et c’est sur la base de cette décision qu’un cahier des charges est produit et dont un certain nombre d’investisseurs prennent connaissance. Aussi, si l’Etat estime qu’un opérateur répond aux conditions exigées par ce cahier des charges, c’est à dire qu’il dispose des références nécessaires aussi bien techniques que financières, l’Etat passe alors l’opération d’attribution des terrains en question. Il faut dire que ce genre d’opération fait l’objet d’une évaluation dans le cadre d’un ensemble d’opérations.
Est-ce à dire que dans toute opération d’attribution du foncier, quelque soit l’importance de ce foncier, un appel d’offres n’est pas obligatoire ?
Un appel d’offre n’est obligatoire que dans des attributions de marchés. Pour les opérations du groupe Addoha, il s’agit de terrains qui ont été attribués à ce groupe qui s’est présenté en tant qu’investisseur. Cela dit, il n’est pas exclu que les terrains en question doivent être aménagés d’une manière bien précise, selon un cahier des charges bien déterminé. Comme, par exemple, l’aménagement d’un golf, la construction d’hôtels et d’autres infrastructures.
Si un appel d’offre n’est pas obligatoire dans ce genre d’opération, pourquoi alors, d’après vous, Miloud Chaabi a-t-il provoqué une telle polémique ?
Pour Miloud Chaabi, l’Etat marocain aurait été lésé par ces opérations. Il a peut-être ses raisons. Selon les critères de Chaabi, il faudrait passer par un appel d’offres. Cela dit, il y a la loi et il y a aussi la voie parlementaire pour confirmer ou infirmer cela. Mais, encore une fois, il n’est dit nulle part dans les textes législatifs et réglementaires que ce genre d’opérations doive faire l’objet d’un appel d’offres.
Même quand l’Etat serait lésé en cédant des terrains à des prix très bas, comme le soutient Miloud Chaabi pour les terrains d’Addoha ?
D’abord, on ne sait pas si l’Etat a réellement cédé les terrains concernés à des prix très bas. De plus, le gouvernement a déclaré que ce n’était pas vrai. A travers notamment les déclarations de Salaheddine Mezouar, le ministre des finances et de Taoufiq Hejira, ministre de l’Habitat et de l’urbanisme. Il y a aussi d’autres opérateurs qui ont signé des conventions avec le groupe Addoha, comme les habous et la CDG. La question devrait être posée également à ces derniers pour savoir si réellement les terrains ont été cédés à un prix qui ne reflète pas la réalité du marché.
Qu’en est-il des raisons réelles de la démission de Miloud Chaabi de la fédération ? Y a-t-il eu une pression quelconque sur ce dernier pour démissionner ?
Par rapport à cette polémique qui a été suscitée essentiellement par Chaabi dans certains journaux, ce dernier a estimé qu’il devait démissionner. D’autant plus que c’est lui qui a été demandeur d’une commission d’enquête au niveau du parlement. En tant que parlementaire, il a donc jugé qu’il ne pouvait pas être membre de cette commission et en même temps représenter la fédération dont il est président.
Propos recueillis par Naima Cherii
Questions à Abderrazzak Waliallah, Directeur Général adjoint du groupe Addoha
« Les procédures de cession sont contraignantes ! »
Pouvez-vous nous dire quelles procédures sont en vigueur pour la cession des terrains de l’Etat ?
La logique qui prévaut en matière de cession de terrains domaniaux est celle déclinée par les textes légaux en vigueur en la matière. Il y en a essentiellement quatre. La loi cadre N° 18-95 formant charte de l’investissement. La lettre royale du 9 janvier 2002 adressée au Premier ministre, relative à la gestion décentrée de l’investissement. La circulaire 20-200/ du 26 décembre 2002 relative à la gestion des projets d’investissement. Et enfin, la déclaration du gouvernement présentée par le Premier ministre au parlement. Tous ces textes parlent d’une mobilisation du foncier public exclusivement au profit de projets d’investissement. Cet encouragement de la part du gouvernement de sa Majesté ne se limite pas à l’immobilier mais englobe l’ensemble des autres secteurs : le tourisme, l’industrie, l’artisanat, l’agriculture, etc. Les différents projets obéissent à une procédure assez longue qui fait participer l’autorité locale, le centre régional d’investissement, la direction des investissements, les différents ministères concernés par le projet et enfin, le comité interministériel au cours duquel les différents projets retenus font l’objet d’une convention signée avec l’Etat.
C’est dans ce cadre qu’Addoha a acquis les terrains de l’Etat ?
Il faut préciser que le Groupe Addoha a réalisé l’ensemble des ses projets jusqu’à fin 2005, uniquement sur des terrains acquis auprès du privé.
Qu’est ce qui a changé pour qu’Addoha s’intéresse au foncier public ?
Le 6 décembre 2005, une réunion a été tenue auprès de la primature dans le cadre du renforcement du partenariat Public-Privé. 18 promoteurs de différentes tailles ont signé des conventions pour la réalisation d’un certain nombre de logements. C’est là qu’Addoha a pris l’engagement de réaliser sur du foncier public 50 mille logements.
Engagement respecté ?
A valeur d’aujourd’hui, Addoha a respecté son engagement puisqu’en moins de 3 années, elle a déjà réalisé plus de la moitié du chiffre convenu.
Revenons aux procédures de cession du foncier public. Comment s’expliquent les prix inférieurs au marché dont les promoteurs bénéficient ?
Pour les procédures de cession de ce foncier, il faut souligner que l’une des conditions de cession des terrains par Al Omrane à un prix légèrement inférieur au prix du marché, c’est l’affectation d’un pourcentage pouvant atteindre 20% du projet aux logements à 120.000 Dhs. La liste des benificiaires est arrêtée par les autorités locales : bidonvillois, personnes habitant des logements insalubres, etc. Dans d’autres conventions, la cession du terrain toujours à un prix légèrement inférieur au prix du marché est conditionnée par une clause de participation aux bénéfices. Les autres conditions pour l’affectation de ce foncier public sont :
-  Le délai de réalisation et de commercialisation.
-  L’acceptation d’auditeurs dépêchés par Al Omrane pour le suivi des opérations et la vérification des résultats de l’opération.
-  L’immatriculation du terrain au nom du promoteur au fur et à mesure de l’avancement des travaux. Ainsi, au lieu d’une cession totale de foncier relatif à une opération, Al Omrane adopte les formules de division du foncier en un certain nombre d’îlots. De ce fait, on ne peut passer le contrat de vente du premier îlot que lorsqu’on est avancé à hauteur de 15% des travaux. Pour le deuxième îlot, on ne peut passer le contrat de vente que lorsqu’on est à 15% d’avancement des travaux sur le deuxième îlot, mais également à 65% des travaux du premier îlot. Il existe également une règle très contraignante à savoir que tous les îlots non valorisés au delà du délai fixé, soit 5 ans, sont repris par Al Omrane sans aucune indemnité pour les travaux de viabilité effectués sur les îlots repris. Il s’agit donc de clauses très contraignantes qu’Al Omrane a édictées pour éviter que des personnes acquièrent son foncier, ne le valorisent pas et spéculent dessus au bout d’une période donnée. Une telle situation ne se traduit pas pour l’Etat par une création d’emploi, une réduction du déficit de logement, la réalisation de nouveaux hôtels pour l’augmentation de la capacité en « lits » dans la vision 2010, etc. Ce qui compte donc pour l’Etat c’est, non pas la surenchère sur le prix du foncier mais, plutôt, l’encouragement des projets d’investissement créateurs d’emplois et de richesse.
En ce qui concerne votre dernier partenariat avec la CDG, lesquelles des conditions que vous avez citées vous ont été appliquées ?
Pour le cas du partenariat Addoha/CDG, c’est toujours la même vision, en ce sens qu’une société commune dénommée Immolog, a été créée pour la réalisation de projets sur le foncier appartenant à la CDG. Le prix d’acquisition de ce foncier comprend une partie fixe et une autre variable en fonction du résultat net total du projet :
-  La partie fixe est réglée à la CDG à la signature du contrat de vente du terrain.
-  La partie variable est réglée à la CDG, à l’achèvement du projet qui coïncide avec la commercialisation intégrale de toutes les composantes du projet. Dans cette opération de partenariat, c’est Addoha à travers sa filiale Immolog qui s’occupe de l’ensemble des aspects du projet allant des études, au financement, à la réalisation et à la commercialisation. C’est un partenariat Gagnant/Gagnant qui a donné des résultats concrets puisque plusieurs opérations ont été réalisées dans ce cadre, aussi bien à Salé qu’à Marrakech, débouchant sur plus de 7 mille logements en moins de 3 ans. D’autres projets seront lancés dans le cadre de ce partenariat et ce, dans les mois à venir.
Le Reporter - Rédaction















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