“Le Maroc ne peut pas connaître de crise immobilière” selon T.Hjira
“Il est impossible que le Maroc puisse connaître une crise immobilière, et le jour où il y aura crise, nous n’aurons aucune gêne à la déclarer». C’est un Ahmed Toufiq Hjira, visiblement sûr de l’évolution du marché de l’urbanisme dans notre pays qui a fait cette affirmation, mais le ministre de l’Habitat, de l’urbanisme et de l’Aménagement du territoire, fait vite de tempérer.
« A condition bien entendu de continuer à lancer et faire aboutir les grandes réformes lancées dans les domaines de l’urbanisme, le foncier, la gouvernance locale ou le système locatif et de créer les conditions d’une bonne adéquation entre l’offre et la demande » dixit le ministre.
Deux bonnes raisons confortent Toufiq Hjira dans sa thèse, le secteur immobilier est un secteur maroco-marocain par excellence et l’importance de la demande. Il précise en effet que chaque année, 123.000 familles entrent dans le marché immobilier, sachant que le déficit dans le milieu urbain est estimé à un million de ménages.
Le ministre en charge du secteur qui intervenait mercredi dans le cadre d’une conférence de concertation sur l’avenir du secteur immobilier au Maroc, a indiqué que si ce domaine n’a pas été affecté par la crise immobilière internationale, le marché marocain commence à connaître les premiers effets néfastes de son développement rapide. A commencer par l’ampleur de la spéculation qui a conduit à la rétention financière et du produit logement (800.000 logements fermés), ainsi que l’orientation progressive et collective vers les segments à haute valeur ajoutée aux dépens du logement social, ce qui a engendré un déséquilibre entre l’offre et la demande pour les couches moyennes.
Aujourd’hui, en effet, constate le ministre, 72% des ménages qui ont une dépense moyenne mensuelle inférieur à 6000 DH n’ont pas de produits adaptés. Cette situation a eu quelques répercussions néfastes sur le marché dont le tassement dans le haut standing, en plus d’un effet psychologique relayé par les médias sur la hausse du prix de l’immobilier et l’existence d’une crise, a fait que le Marocain a décidé de reporter l’acte d’acquisition de son logement pour des jours meilleurs. Du coup, cette situation a donné lieu à plusieurs lectures sur l’existence ou non d’une crise dans le secteur.
Y-a-t-il crise ou non dans l’immobilier? En tout cas, les indicateurs du secteur sont tous au vert, autant la FBCF (formation brute du capital fixe) que l’évolution de la valeur ajoutée qui ont connu chacune une hausse de plus de 62% en 2007. Les banques continuent à octroyer des crédits et l’encours immobilier à fin 2007 a augmenté de plus de 200%. Même envolée pour les investissements directs étrangers dans le secteur qui se sont accrus de plus de 229% durant la même année.
Cependant, le climat de suspicion qui règne actuellement pourrait créer un flou dans le secteur. « Les investissements dans un secteur qui emploie quelque 839.000 travailleurs ont besoin d’une bonne visibilité pour s’accroître dans l’avenir », explique non sans crainte le ministre istiqlalien. Aussi, et à fin d’éviter toute mauvaise surprise dans l’avenir, ce département a décidé de lancer une étude prospective sur le secteur à l’horizon 2020.
Outre de faire un constat objectif du secteur, cette étude qui sera lancée dans quelques jours et dont les résultats seront rendus publics en juillet 2009, se projettera dans l’avenir en mettant en place une stratégie pour le secteur pour les dix prochaines années. L’objectif étant de permettre aux décideurs d’avoir une vision claire quant à l’avenir du secteur et de lui définir une stratégie de développement à même de satisfaire les besoins en logement.
Il s’agit également de faire face aux contraintes qui restent pesantes sur ce secteur, dont la difficile planification urbanistique, l’insuffisance d’implication du secteur bancaire, la stérilité du système locatif et la lenteur administrative. La mise en œuvre des recommandations de l’étude auxquelles contribueront tous les acteurs concernés, sera confiée à l’Observatoire national de l’immobilier qui sera créé ultérieurement.
Amina SALHI / Libération.















Laissez un commentaire