Les opérateurs du BTP et de l’immobilier montent encore une fois au créneau pour dénoncer les pratiques en vigueur dans les secteurs du ciment et de l’acier. Réussiront-ils à faire pression ?
La grogne est à son apogée dans les secteurs du BTP et de l’immobilier. L’origine du mécontentement général est à mettre sur le compte de la tendance haussière dans laquelle se sont inscrits les cours des matériaux de construction depuis plusieurs mois. Les professionnels ne tarissent pas sur les qualificatifs pour juger la situation actuelle de catastrophique, tirant à boulets rouges sur les opérateurs intervenant dans le marché des matériaux de construction.
Deux segments sont mis en exergue pour illustrer ce schéma : le ciment et l’acier. Lors du conseil d’administration de la FNPI tenu récemment, ce dossier a été remis sur la table pour la énième fois.
En off, certains promoteurs vont jusqu’à évoquer l’éventualité de saisir le Conseil de la concurrence. Selon Youssef Iben Mansour, président de la FNPI «les instances de la fédération n’ont pas décidé d’en arriver là ». De toutes les manières et quel que soit le degré de véracité de l’information circulant dans les coulisses, une telle initiative ne constituera pas une première. Une requête datant de deux années a été posée sur le bureau de l’ancien président du C.C, incriminant les cimenteries d’entente sur les prix de vente conditionnée.
Cela se répercute sur les tarifs des prix de vente jugés trop chers par les usagers. «Leurs marges sont de 30%. C’est énorme», s’indigne Bouchaïb Benhamida, président de la Fédération Nationale du BTP. «Je me demande comment le Maroc arrivera à produire un logement à 140.000 DH dans de telles conditions. Ce serait de la magie», ironise-t-il.
Petite correction technique ?
Ceci étant, et toujours en matière de ciment, les opérateurs s’attendent à une petite correction technique due à deux faits majeurs. D’abord, le recul observé au niveau des prix à l’international laisse espérer que les nationaux suivent. «Les cimentiers de la place doivent suivre la même tendance et réajuster leurs prix», lance Iben Mansour. «Il n’y a pas de raison de diminuer les prix puisque les tarifs de l’énergie sont toujours au plus haut.
D’ailleurs, les cimentiers n’avaient pas répercuté la hausse en entier sur leurs prix de vente. Celles opérées ne compensent que l’effet de l’inflation», répond Ahmed Bouhaouli, directeur général de l’APC (Association Professionnelle des Cimentiers). Ensuite, mais cette fois-ci à moyen terme, l’arrivée des Chaâbi, Sefrioui et Kettani sur la scène en tant que nouveaux opérateurs devra permettre de réguler le marché en y apportant un nouveau vent de concurrence. Mais cela reste tributaire du lancement effectif de la production, programmée, sauf pépins, courant 2010. Et même là , les moins optimistes craignent que «les nouveaux opérateurs entrent dans le club oligopolistique».
La possibilité d’importer du ciment égyptien dispensé des droits de douane en vertu de l’accord d’Agadir, se heurte elle aussi à une contrainte de taille. Celle de la normalisation. «Personne n’a osé faire le pas et investir dans des dépôts de stockage au risque de voir la marchandise bloquée dans les ports pour raison de non-conformité aux normes locales, l’exposant ainsi à une faillite déclarée», selon le président de la FNBTP. En matière d’acier, le tableau n’est pas plus reluisant. Certes, un recul en matière de prix est attendu suite à une correction des tarifs à l’international, mais il ne se fera sentir que dans un mois, «le temps que les stocks achetés aux prix élevés soient écoulés», explique Youssef Iben Mansour. Mais là n’est pas le point clé de la polémique.
La position privilégiée dont jouit Sonasid en matière d’imposition aux droits de douane et qui le dote d’un quasi-monopole de fait est montrée du doigt. Un dossier sur lequel sera aussi jugé Abdelali Benamour, nouveau patron du conseil de la concurrence.
Nabila Fathi
challengehebdo.com















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